Vous montrer comment je m’appelle

En séance de signature au Salon du Livre de Montréal 2007, pour mon 2e roman: Subordonnée

En séance de signature au Salon du Livre de Montréal 2007, pour mon 2e roman: Subordonnée

Pourquoi pas? Voici un petit texte pondu pour L’Unique, le journal de l’UNEQ (L’Union des Écrivaines et des Écrivains Québecois), donc, pour des écrivains. Mais, comme des étiquettes s’appliquent à tous les métiers par tout membre d’une nouvelle belle-famille à qui on vous présente pour la première fois, j’inclus ce texte dans mon blogue. Cela dit, même si je pratique plusieurs métiers en parallèle, ils demeurent assez simples à comprendre dans toute leur complexité. Je n’envie pas mes amis experts en marketing Internet ou en médias sociaux qui, avant de voir leurs ancêtres comprendre en quoi consiste leur métier, doivent expliquer des concepts… que dis-je, un univers étranger à une portion de la population.
Bonne lecture!

“Peut-on aisément vous cataloguer? Avez-vous pensé au cauchemar vécu quotidiennement par les journalistes, vos collègues, les institutions, votre tante Nicole et votre coiffeur, qui peinent à comprendre ce que vous faites et qui vous êtes. Je suis nouvelle, et on m’a avertie : porter un badge rend la vie d’autrui plus facile et la vôtre, plus tranquille. Comme ce genre d’étiquette colle autant que celles apposées sur les objets vendus dans les magasins à grande surface, vaut mieux réfléchir avant de se définir.

Êtes-vous auteur ou écrivain? Afin de vous aider à faire un choix judicieux, voici quelques définitions tirées d’un dictionnaire en ligne :
Auteur « Celui ou celle dont la profession est d’écrire des romans, des pièces de théâtre, des œuvres d’imagination en vers ou en prose. ».
Écrivain « Personne qui compose des ouvrages littéraires ».

Ces mots sont synonymes. Mais la perception de votre entourage a peut-être plus de poids que la définition du dictionnaire. L’écrivain a la réputation longue. Il est noble et désintéressé. Il est toujours brillant, mais souvent pauvre et torturé. L’auteur, lui, est accessible, pas nécessairement pauvre, et plus souvent lu. Certains affirment qu’on ne devient pas écrivain avant d’avoir pondu trois, cinq, dix romans. Écrivain? Si oui, quand?

Pour les femmes, ça se complique. Êtes-vous auteur ou auteure? Écrivain ou écrivaine? Nelly Arcan en parlait en juillet 2006 dans sa chronique du défunt ICI : « Mon parti? ÉCRIVAIN. Pourquoi dilater les mots pour y faire entrer le sexe des femmes quand leur sexe est si manifeste, chaque fois qu’elles ouvrent la bouche? »

On dit que Jules Renard utilisait le mot « écrivaine » dans un contexte péjoratif, dans la même phrase que le mot « plagiaire ». On dit aussi qu’il y aurait encore de nombreux Jules Renard en ce monde… surtout à l’Académie Française. Préférez-vous vous approprier un mot qui sonne résolument masculin, ou forcer les dinosaures à s’adapter en acceptant un nouveau mot désignant des voix qui, il n’y a pas si longtemps, n’avaient pas le droit d’être entendues?

Oscar Wilde disait « Définir, c’est limiter. » Et peut-on vraiment se définir soi-même? Alors, comment voulez-vous que je m’appelle? Et vous, votre étiquette, vous l’aimez?”

All content copyright © 2009 Isabelle Gaumont. All Rights Reserved.

Leave a Reply