Tout voir, jusqu’au trognon.

En ce lendemain de gala Golden Globes, je vous offre un extrait de Cousine de personne, le premier de mes romans, publié en 2005 par Les Éditions Internationales Stanké, et à paraitre à la fin de février 2009 en format de poche, par Bibliothèque Québécoise.

« Je me souviens de ces soirées magiques de mon enfance : la remise annuelle des Oscars. Je ne me lassais pas de regarder ces grandes actrices, ces grands acteurs qui m’avaient fait rêver toute l’année en incarnant avec brio des personnages d’un autre monde que le mien. Le gala était un couronnement dans un royaume étranger. Hollywood paraissait beaucoup plus loin d’ici qu’aujourd’hui.

À présent, on interroge une star, plus qu’on ne l’interview. On la harcèle des semaines avant l’événement pour connaître le nom de celui qui l’habillera, celui qui l’accompagnera et celui qui la déshabillera. Après ces futiles et interminables spéculations, le jour fatidique de la remise des prix arrive enfin. Les vedettes défilent sur le tapis rouge. Deux heures de questions creuses s’ensuivent, posées par des « journalistes » qui connaissent par coeur la liste des anciens amants des jeunes starlettes, mais qui seraient bien embêtés de nommer le titre d’un de leurs films. On ressasse toujours les mêmes idioties… »

« …Je n’ai d’ailleurs jamais eu envie d’entendre parler de l’intimité des vedettes. Comment pourrais-je ensuite aller au cinéma et me laisser raconter des histoires par quelqu’un dont je connais absolument tout? Lorsque j’étais petite, on avait le droit de rêver. On regardait les films, puis les galas, et on se plaisait à penser que les acteurs étaient un peu comme leurs personnages du moment. On écoutait leurs discours de remerciement, heureux de les entendre parler de leur art. C’était le bon vieux temps!

Aujourd’hui, on suit les vedettes pas à pas, on tente de les photographier sans maquillage, avec leurs enfants ou avec leurs enfants démaquillés. Après les tapis rouges où les « fils de quelqu’un » de ce monde lancent des questions cruciales sur l’origine des bijoux arborés par les VIP, les tapis de bain sont les nouveaux terrains de chasse. On veut du croustillant, du déterré, de l’obscène. Les discours d’acceptation de trophées doivent maintenant contenir des informations personnelles. On y glisse de petites remarques au sujet d’un soutien-gorge trop serré, mais inhérent au maintien d’une toilette élaborée, on ne peut s’empêcher d’y partager l’ardent désir d’un voyage imminent aux toilettes, on y échappe une allusion détaillée au bonheur vécu avec son conjoint. Des caméras sont ensuite plantées en arrière-scène pour recueillir tout soubresaut, tout spasme, toute fin de vague, pour voir ladite bretelle de soutien-gorge se faire remonter, pour voir les larmes et le mascara se faire essuyer, ou pour reprocher d’avoir oublié de remercier quelqu’un dont seul le récipiendaire connaît le mérite et la contribution à son succès. Puis on dirige les vedettes vers une salle de presse où une autre meute de « fils de quelqu’un » salive à leur vue et pose, en plusieurs langues, les mêmes questions insignifiantes.

C’est trop d’information! Il n’y a plus de mystère. Je ne veux pas savoir de quelle couleur est le tampon de Julia Roberts, je me fiche éperdument de ce qu’elle a mangé ce matin, et je ne saurais que faire du nom de son coiffeur. Je ne désire aucunement connaître l’identité du designer qui a conçu sa petite culotte, ni obtenir une explication technique de la façon dont ses seins tenaient dans les bustiers d’Erin Brockovich. Donnez-lui son Oscar et passez à un autre appel. Tout ce que j’attends, c’est qu’elle donne une bonne performance dans les films dont je paie l’entrée. Je veux bien qu’elle me parle de sa façon de travailler, comme lors d’une entrevue avec James Lipton à l’Actor’s Studio, mais c’est tout. Je n’en veux pas plus. Laissez-moi rêver! »

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12 Responses to “Tout voir, jusqu’au trognon.”

  1. Dean says on :

    C’tait le bon vieux temps. ;)

    Je me demande bien où ça a commencé à virer tout cela? Quand est-ce que c’est devenu un cirque comme ça…?

  2. Isabelle Gaumont says on :

    @Dean Bonne question! La prolifération d’émissions comme Entertainment Tonight? Les paparazzis? L’internet? La télé-réalité? Chose certaine, ce manque de pudeur me dérange.

  3. anne marie says on :

    Comme tu as raison!
    C”est pour ça que je ne regarde plus que rarement ces évènements. Je me contente d’attendre les topos du lendemain, où quelqu’un a pris le temps de juste garder les bonnes lignes qui se sont dites et les grands moments, sans passer une demi-heure à me parler d’une robe, d’un bourrelet ou d’un flagrant problème de coiffeur…

  4. Dean says on :

    Chanceux nous sommes qu’au Qc ce ne soit pas ainsi… encore. On verra dans 10-15 ans..

  5. Karim says on :

    Chère Isabelle,

    Merci pour ce texte qui me rassure un peu. En effet, des fois, j’ai l’impression d’être le seul à penser comme ça…
    Le problème avec ce cirque médiatique c’est qu’il n’ira qu’en grandissant. Pourquoi ? Parce qu’il “répond” à une demande d’un certain public qui en veut toujours plus.
    La loi de l’offre et de la demande. Malheureusement.
    À bientôt, si c’est pas avant.

  6. Isabelle Gaumont says on :

    @anne marie Excellente stratégie!

    @Dean As-tu vu les tapis rouges poches avant les Jutras et cie. Si on n’est pas là, on n’est pas loin :-(

    @Karim Sans oublier le phénomène de “filling air time”. Des gens, comme Lisa dans la vidéo, qui ne sont pas journalistes de métier et qui ont beaucoup de matière à couvrir et de temps à “remplir”.

  7. Oza Meilleur says on :

    Moi qui ai vécu ce bon vieux temps, je peux affirmer que Hollywood était pas mal plus *magique* à l’époque. Les acteurs et actrices avaient ce p’tit quec’chose d’intouchable qui nous faisait rêver. Aujourd’hui, on a remplacé le rêve par une grosse réalité cheap.

    Dommage… (soupire celle qui aurait voulu danser dans les bras de Fred Astaire)

    D’après moi, l’aura de mystère qui entourait les vedettes du 7ième art a commencé à s’éteindre tranquillement pas vite avec l’avènement de la télévision… quand les stars ont fait leur entrée dans les salons de Monsieur et Madame Toutl’monde. Les gens n’avaient plus besoin de se mettre sur leur 36 et sortir pour voir les dieux et déesses du cinéma — ils pouvaient les yeuter en restant chez eux, ben confortables dans leurs vieux pyjamas.

    Et depuis, les « couch potatoes » veulent en voir de plus en plus. Ils sont devenus des addicts. Qui dit addicts, dit pushers. Alors ça push toujours de plus en plus bas et ça devient de plus en plus insignifiant.

    Bye bye le glamour, allô les Bougon… ;-)

  8. Isabelle Gaumont says on :

    @Oza Meilleur Oui, intouchables! Alors que maintenant, on veut nous prouver que l’acteur est notre voisin ou notre meilleur chum, et surtout pas plus brillant que nous. Quel dommage!

  9. Marie-Julie says on :

    Il ne faut pas oublier que plusieurs vedettes elles-mêmes font tout pour que tout se sache d’eux… On a qu’à penser à Demi et Ashton sur Twitter! ;-)
    Je ne regarde aucun gala depuis des années, préférant moi aussi attendre les résumés le lendemain. Les meilleurs et les pires moments, de toute façon, on peut les voir sur YouTube…
    L’ultra-glamour des cérémonies d’antan, avec leur aura de mystère, me fait rêver, même si je n’ai pas connu cette époque. (Bémol toutefois: n’oublions pas qu’Elizabeth Taylor et ses mariages en série et autres stars de ces années-là faisaient aussi les manchettes à cause de leur vie privée!)
    Cela dit, je prends un plaisir coupable à lire les magazines à potins qui me tombent sous la main! Comment résister?

  10. Marie-Julie says on :

    Je viens de visionner la vidéo. Je suis traumatisée!!!! My God! Comment peut-on donner un micro à quelqu’un qui ne laisse à ce point pas parler ses invités?!!

  11. Pluche says on :

    Excellent billet et je ne crois pas que j’aurais pu expliquer tout ça d’une meilleure façon. Je crois que mon article de janvier rejoint et complète merveilleusement ton texte.

    http://shlorp.wordpress.com/2009/01/17/inspirations/

  12. Isabelle Gaumont says on :

    @Marie-Julie N’est-ce pas transcendant, cette vidéo? Pourquoi donner un job à un journaliste quand on a une actrice déchue mais “rénovée” qui se meurt de “plugger” qu’elle mange à la même écuelle que les stars?

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